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#162 – La banalisation des distances en courses à pieds
Très régulièrement, j’entends, sur un ton gêné « Oui, oui, je cours mais jamais plus de 10kilomètres…c’est rien ». C’est limite si la personne ne se cache pas en le disant…
Comment ça 10kilomètres c’est rien ?
10kilomètres c’est beaucoup.
A force de voir des 21kilomètres, des marathons, des distances toutes plus folles les unes que les autres sur les réseaux sociaux, on en oublie que tout le monde ne court pas et surtout qu’il n’y a pas de petite victoire. 10kilomètres ça reste une distance importante à ne pas banaliser. Il en est de même pour 5km, lorsqu’on ne court pas et que du jour au lendemain on se met à courir 5kilomètres c’est énorme et c’est très bien. Avec l’émergence des triathlons ces derniers temps, le fait même de « juste courir » est devenu banal.
Récemment une de mes amies voulait avoir mon avis de coach quant à sa pratique. Elle me dit « Ça fait 10jours que je cours et je ne tiens QUE 48minutes, c’est nul»
J’ai explosé de rire tant j’étais surprise qu’elle puisse penser ça. Elle ne court pas depuis des années, elle reprend à peine qu’elle court DEJA 48min d’affilées en SEULEMENT 10jours. Elle m’a répondu « oui mais avec tout ce qu’on voit sur les réseaux sociaux, je pensais que c’était nul ».
A chacun ses objectifs, à chacun ses exploits, son échelle d’appréciation de l’effort et les sacrifices qu’on est prêt à faire pour les atteindre.
Les exploits sportifs doivent être un moteur de motivation à sa propre échelle, pas un frein d’épanouissement et de confiance en soi. Se nourrir des autres pour se challenger et pour se motiver, oui, mais surtout pas pour se dévaloriser et minimiser ses propres victoires.
Il en est de même pour la vitesse. Je me souviens de mon premier 21km, non officiel. Je décide après une augmentation progressive de la durée de mes sorties par me fixer l’objectif de courir cette fameuse distance, un semi-marathon. C’était le 29 novembre 2014. J’ai atteint mon objectif, j’étais fière de moi. C’est toujours gratifiant d’accomplir quelque chose que l’on s’est fixé ; que ce soit dans le sport ou dans la vie de tous les jours, c’est en soi déjà une victoire. Le soir même, je dîne avec des amis. L’un d’entre eux qui court également beaucoup me dit :
« Hey j’ai vu pour ton semi, c’est cool ! Tu l’as fais en combien ? »
Ce à quoi je réponds « 6’36’’ par kilomètre »
Sa réaction ne s’est pas faite attendre et sur un ton méprisant il me dit : « Ah mais tu ne cours pas vite ! »
La déception s’est immédiatement lu sur mon visage…
Peut être que ce n’était pas rapide, mais en même temps ce n’était pas l’objectif du jour, et surtout, pas rapide par rapport à quoi, à qui ? Mon objectif était uniquement de courir cette distance, 21km, après seulement quelques mois de pratique. Un exploit pour moi. Cette réflexion maladroite a réussit à gâcher ma victoire du jour, mais m’a également conditionné à me sentir nulle pendant un moment. J’ai ensuite pris du recul par rapport à ma pratique pour comprendre que mon objectif n’avait jamais été la vitesse, que je ne l’avais jamais travaillé finalement, que je n’avais donc pas de honte à avoir.
Si vous décidez de courir, courez pour vous, challengez-vous personnellement, prenez un maximum de plaisir et croyez-moi, c’est déjà bien suffisant !
Et rappelez-vous qu’il n’y a pas de petites distances, seulement les vôtres et que votre pratique ne regarde que vous.